.Third
++++++++++++Par BillJe soupirai, comprenant que ses humeurs et sa susceptibilité reprenaient le dessus, encore. Elle détestait tant qu'on lui résiste que ça en devenait même banal pour les gens qui la connaissaient, à force. Mais la voir dans de pareils états de nerfs m'agaçait toujours, et c'était le principal sujet de nos différents, de plus en plus nombreux d'ailleurs. Je lançai un « Tu m'le paieras » qui n'eut pour triomphe que celui d'afficher sur son visage presque trop parfait un sourire victorieux et légèrement hautain, puis enfilai les bretelles de cette.. Chose. Apparemment, ça avait l'air d'être dans le bon sens. Je lançai un regard à Mona, mais elle était elle-même occupée à enfiler un t-shirt noir à taches de ce qui semblait être de la peinture grise, dos à moi. Sans que je ne comprenne vraiment pourquoi, je stoppai mon geste et sentis ma mâchoire s'abaisser involontairement, tant j'étais plongé dans la stupide contemplation de ses gestes, de ses courbes gracieuses et pures. Elle s'étira difficilement alors que son haut n'était pas entièrement enfilé, et là, ce n'était plus seulement ma mâchoire qui s'effondrait sur place, mais d'une certaine façon, tout ce qui était en moi. Comme un passage à vide, je ne distinguai plus rien, et l'impression d'avoir avalé un très lourde pierre qui serait tombée jusqu'au fond de mon estomac en me perforant le c½ur au passage et aurait rendu tout ce qui me faisait être, respirer, et tenir debout, complètement mou et sans force, se fit plus forte. Une présence hurlante et animale était au fond de moi. Après tout le monde, pour la première fois, je me rendais compte qu'elle était vraiment plus que magnifique. Ce n'était pas vraiment la position dans laquelle elle se trouvait, où bien le fait qu'elle eut été seulement à moitié vêtue devant moi, qui me firent me rendre compte de la pourtant flagrante vérité que mes yeux aveugles avaient jusque lors dénié. C'était plutôt ce qu'elle dégageait, à ce moment là. Une sorte d'aura dorée ou blanchâtre, je ne savais pas très bien, émanait d'elle, bien que je savais que c'était qu'une farce que me jouait mon esprit. Mais quelque chose s'échappait d'elle, réellement. Un charme que je n'avais jamais réussi à remarquer chez elle. Elle tira un coup sur son t-shirt pour l'applatir, enfila à la vas-vite un jean cigarette, puis se retourna. Ayant anticipé, j'avais déjà baissé les yeux. Elle s'approcha et rit d'un rire quelque peu moqueur.
- Tu y arrives ?
- Pas vraiment, nan.. Mentis-je.
- Attends je t'aide.
Elle tourna autour de moi et attrapa les deux extrémités pour les joindre ensemble. Je frissonnai au contact de ses doigts gelés contre mon dos brûlant, et il apparut qu'elle s'en rendit compte.
- Oh excuse moi, je suis trop froide ? S'enquit-elle d'un ton anxieux.
- Nan nan, c'est bon. Ça fait juste un peu bizarre.
Elle se remit face à moi et m'observa de haut en bas, cherchant apparemment quelque chose à ajouter pour m'efféminer encore un peu plus. Elle fit un mouvement pour parler, mais ne souhaitant pas vraiment aller plus loin dans la transformation, je la pris de vitesse pour balancer un « T'es belle, tu sais » tout ce qu'il y avait de plus sincère, mais qui sur le moment, ne le paraissait pas du tout. Je m'attendais à la voir baisser la tête, sourire et s'empourprer, comme à chaque fois que je lui faisais un compliment. Et nul miracle ne se produisit, elle eut exactement la réaction attendue. À un détail près. Elle se dressa sur la pointe des pieds, et déposa sur ma joue un baiser des plus chastes, avant de murmurer un « Merci » à mon oreille. Et là, sans que je ne me contrôle, ce fut à mon tour d'adopter ses manies. Ainsi, nous nous retrouvâmes l'un dans l'autre. Elle dans mes joues cramoisie, moi dans son sourire gêné, nous dans notre bêtise de ne pas oser regarder l'autre et s'aventurer à oser enfin savoir à travers ses yeux ce qu'il ressent vraiment, au plus profond de son âme. Nous restâmes quelques minutes ainsi, puis elle sembla reprendre ses esprits et demanda le plus naturellement du monde si j'avais du coton. Je comprenant pas, je lui indiquai la salle de bain, et lorsqu'elle en revint, elle avait dans chaque main une espèce de nuage, si on veut. Elle sourit narquoisement, s'approcha, et termina par me les mettre dans son soutien-gorge que je portai. Je roulai des yeux.
- C'était vraiment utile ?
- Évidemment :]. Voilà, maintenant tu as même plus de poitrine que moi. Heureux ?
- Oh oui, c'est même l'extase totale. En fait, j'l'ai jamais dis, mais je ne vivais que dans le but d'avoir un jour une paire de ballons de foot au milieu du torse. Merci de m'avoir exaucé, je t'en serais éternellement reconnaissant.
Elle leva un sourcil, puis nous rîmes d'un mouvement commun. Elle me rendit son t-shirt que j'enfilai en continuant de rire.
- Bah voilà, c'est mieux comme ça. Maintenant on va s'occuper du reste hein.
- Obligé ?
- Tu veux m'entendre dire encore une fois que oui ou tu t'en passeras ?
- Je m'en passerai..
Elle m'entraîna avec elle dans la salle de bain de ma chambre, et entrepris une recherche dans un placard. Elle en tira mon fer à lisser qu'elle brancha, et attrapa un crayon noir qui traînait vers l'évier qu'elle approcha lentement de mes yeux.
- Non mais je sais faire tu sais.
- Oui je sais. Mais c'est moi qui te transforme. Et si c'est toi qui te maquilles.. Elle commença un train sous un de mes yeux. Tu seras Bill, et pas ce que tu es sensé être jusqu'à lundi prochain.
- Je sais vraiment pas comment tu fais pour arriver à sortir des trucs aussi philosophiques dès le matin.
Elle sourit et passa un trait de crayon sous mon second ½il. Je compris qu'il ne servait à rien de lutter, de toute façon, quoi que les autres puissent dire, elle restait persuadée qu'elle avait toujours raison. En fait, je me trouvais limite détraqué d'adorer autant une personne aussi étrange. Et j'étais sûrement le seul au monde à pouvoir l'aimer à ce point. Mais au fond, j'avais beau dire, j'étais exactement comme elle..
Elle entreprit ensuite de me lisser les cheveux, et me maquilla aussi bien qu'elle le put pour que je sois le moins masculin possible. Quand elle eut fini, elle me tourna vers le miroir, et j'avoue qu'à la première fraction de seconde, je ne savais pas si j'étais à gauche ou à droite.
- C'est.. Remarquable. Murmurai-je.
- Je trouve ça bien aussi..
Elle posa un coude sur mon épaule, mais je me dégageai, passai derrière elle et l'entourai de mes bras. Elle posa ses frêles mains sur les miennes et ferma les yeux. Je me laissai aller contre le mur en l'entraînant, puis fis de même. Et je n'avais pas besoin de la voir, pour savoir qu'elle souriait, tout comme moi. Et comme ça, l'un contre l'autre, nous étions capable de redessiner les contours du monde, de refaire briller le soleil éteint, de tracer un chemin parmi les décombres ou même d'inventer des couleurs sur un univers fait de noir et de blanc. Ensemble nous étions invincibles. Ou presque ..